Télécharger le Kaléidoscope n°132 de juillet-août-septembre 2021 et son intercalaire

Par Eric de NATTES

L’été peut être un temps béni pour refaire amitié, intimité avec Jésus. Aussi je vous livre quelques lignes de méditation sur la reproduction de l’icône qui se trouve dans l’oratoire du Christ-Roi :

l’icône de l’amitié avec le Christ, disait frère Roger de Taizé : ’’Je ne vous appelle plus serviteurs, vous êtes mes amis.’’

  • Main sur l’épaule ; main large et protectrice : ‘’j’ai mis la main sur ton épaule’’, pour t’inviter, pour te rassurer, pour engager le chemin comme deux amis qui vont faire route ensemble et parler – de quoi discutiez-vous en chemin ? – mais pas de prise de possession de l’ami : il reste libre.
  • Proximité et distance sont conservées ; grande affection, tendresse, mais sans exclusive et prise de possession.
  • Les corps sont présents : dans l’incarnation, l’amitié passe aussi par le geste, la proximité des corps. Ils sont cependant plus petits, proportionnellement, que les têtes. Car l’amitié reste un fruit de l’esprit. Le corps ne suffit pas. Ainsi, c’est la tête qui est valorisée, et, dans la tête, le regard. Car l’amitié passe dans le regard posé par l’autre sur moi-même et le bienfait qu’il en résulte pour tout mon être.
  • Pas de regard face à face qui emprisonne, mais un regard dans une même direction : laquelle ?
  • Peut-être vers celui qui regarde aussi, le tiers qu’on ne voit pas puisqu’il est ‘’moi’’ en train de regarder cette icône, avec l’envie de faire partie de cette amitié, de n’en être pas exclue… et le sentiment apaisant que je suis bien invité à y entrer moi aussi ; cette amitié n’exclut pas les autres amitiés, elle les regarde avec bienveillance.
  • De grands yeux ! Un regard qui porte aussi sur l’intérieur : les yeux grands ouverts, lucide. Avec ce regard-là, je peux plonger au fond de moi sans peur. Je vais y voir l’obscur, mais aussi l’unique que je suis dans ces yeux-là. Et je pourrai me réjouir de ma vie comme Zachée, la Samaritaine, Marie qui écoute Jésus à ses pieds… Je ne suis pas jugé, mais sauvé.
  • Jésus porte l’évangéliaire : il est le Verbe de vie ; mais l’abbé porte le rouleau de la règle. La Parole de vie (première), engage l’ami à sa propre parole, à son choix de vie ; lui a fait le choix de la vie religieuse, fraternelle. Fraternité fondée sur celle de Jésus qui le tient par l’épaule.
  • ‘’En Jésus, Dieu nous a comblés de toutes les bénédictions’’, dit St Paul. Et c’est pourtant l’abbé qui fait le geste de bénédiction. Il est désormais lui-même, dans cette amitié, bénédiction pour ses frères, pour ses amis, en Celui de qui il reçoit tout. Se connaissant sous ce regard, il peut alors regarder l’autre comme son ami, son frère.

Bon été à chacun, à chacune !