>> Téléchargez le Kaléidoscope n°116 de février 2020

par Eric de NATTES

Dès l’antiquité, la réserve eucharistique était présente dans les églises pour les souffrants, celles et ceux qui n’avaient pas pu venir au rassemblement eucharistique. Pendant l’office, des personnes désignées allaient leur porter la communion. Très beau geste de la communauté qui ne perdait pas de vue ses membres qui, pour des raisons de santé, ne pouvaient être là. Lorsque je vois les custodes déposées sur l’autel, je pense à cela. Il faut que je prenne l’habitude de bénir celles et ceux qui portent la communion.

Trois mots sont utilisés pour parler de l’eucharistie, avec des insistances différentes selon les époques :

Présence ! Nous pensons bien sûr à ces deux mots : « présence réelle » ! Ici, il nous faut entrer en nous pour saisir ce qu’est une véritable présence, une présence « réelle ». Celle qui, parce qu’elle n’est pas moi, mais « autre », fait miroir, me permet de me regarder dans le regard d’un(e) autre, de saisir ce que je lui donne à voir, à ressentir. Cette présence qui me permet peu à peu de mieux me connaître et de comprendre combien le lien, l’attachement, l’amitié, la relation, l’amour, l’alliance, sont constitutifs de la part la plus belle de mon humanité. Combien la vie est faite « pour » : être partagée, donnée. Une présence bienveillante, jamais intrusive, mais pas forcément « à disposition ». Nous savons combien « être là », « être avec », demande disponibilité, souplesse, intelligence du cœur, parfois aussi du recul, de la distance. L’équilibre de la relation se cherche en permanence. Être là physiquement ne suffit pas. L’invisible est au cœur de ce qui nous fait être humains, vivants.

Communion ! « Prendre la communion », « faire sa Première Communion », les expressions sont nombreuses pour rappeler ce sens important de l’eucharistie. Unis « en », unis « avec ». Lors de l’appel des disciples, selon les évangélistes, Jésus appelle d’abord pour « être avec » Lui, pour « Le suivre ». Jésus sait bien qu’avant de « faire », il y a la relation qui donne sens à tout ce que nous faisons, nous oriente, donne une direction à notre existence. Fierté d’avoir fait « pour » parce qu’on est d’abord en relation « avec ». Et sans doute sait-Il aussi que nos caractères, nos sensibilités seront tels, que si la relation à Lui n’est pas première, alors nous n’arriverons jamais à être en « communion » entre nous. Unis « en » Lui.

Sacrifice ! Ce dernier mot est devenu tellement négatif que nous l’avons presque évacué. Parfois nous le remplaçons par « offrande », entre autres. S’il évoque un Dieu sensé se complaire dans la souffrance, nous pouvons comprendre cette mise à l’écart. Je ne sais combien de temps il faudra pour que nous retrouvions le sens du « sacrifice d’action de grâces », du « sacrifice de louange », comme sacrifice heureux où l’homme « sacrifie », donne de son temps, de son énergie, de ses biens, mais par amour et donc dans la joie : comme un amant offre (et donc sacrifie) à sa bien-aimée des cadeaux, des paroles de bénédiction, de réconfort, de merci, d’émerveillement, du temps pour être avec… Dieu n’aime aucunement la souffrance. La question est bien de permettre, lorsque la souffrance est là, la fragilité, de continuer à faire offrande de ma vie au cœur de cette réalité.

Je me dis souvent, lorsqu’un membre de l’équipe du Service de l’Évangile aux Malades de notre paroisse, lorsque tout baptisé, se rend présent par affection auprès d’une personne malade, isolée, âgée et peu à peu dépendante, lorsqu’il donne une présence, une écoute, un lien sur la durée et, lorsque cela semble possible, souhaitable, désiré, un accès au sacrement (eucharistie, sacrement des malades), combien c’est l’eucharistie désormais vécue dans le concret de l’existence.

Alors nos eucharisties du 8/9 février, préparées par l’équipe de la Pastorale de la Santé de notre paroisse, seront la belle occasion de faire mémoire de toutes celles et tous ceux que nous visitons, entourons de notre affection, à qui nous allons porter la communion, à qui nous manifestons notre intérêt, notre attachement. L’occasion de nous redire que chaque eucharistie nous invite à vivre cette eucharistie célébrée en communauté, dans notre monde.