>> Téléchargez le Kaléidoscope n°112 d’octobre 2019

par Eric de NATTES

Merci à la communauté de Bron !

Un brondillant, sourire aux lèvres, me disait, il y a un mois, en me saluant : « J’ai connu l’époque où neuf prêtres étaient engagés sur les 4 paroisses d’alors, à Bron. Et vous, c’est formidable, vous allez faire désormais la même chose, tout seul ! » Et que dire des communautés religieuses ?

C’était une boutade, bien sûr ! Mais si je la reprends, c’est pour montrer combien en une seule génération, on a assisté à l’effondrement d’un visage d’Église, d’un modèle, alors qu’émerge un autre visage, une autre vitalité ! Mort et renaissance, chemin pascal, la vie qui est faite pour se donner, qui doit accueillir sa propre mort pour porter du fruit en abondance.

Il me semble que nous avions ce dimanche une image remarquable, tonique, vivante, du visage de cette Église ecclésiale, de cette Église communautaire, de cette Église des baptisés qui renaît peu à peu des cendres de ce qui a été nommé l’Église cléricale. Ce dimanche, nous étions une communauté de disciples du Christ, rassemblée joyeusement, appelée tout entière à vivre ses talents. J’ai été tellement heureux de vous voir ainsi réunis et en marche. Je n’idéalise rien : l’humain reste l’humain – ambivalent, compliqué, tiraillé par le désir, généreux et égoïste… Mais c’est vraiment une action de grâces, un grand merci qui s’élevait de mon cœur. Vous me permettrez, par-delà vous tous qui étiez présents, de rappeler Franck et Damien, qui ont manifestement tenu leur rôle de pasteur avec grande conscience. Merci à eux aussi !

Il est parfois remarquable de voir combien nous pouvons proclamer l’Évangile du Christ – mort et ressuscité – et résister de tout notre être, lorsqu’il s’agit pour nous-mêmes, dans notre propre Église, de mourir à des modèles, des manières de faire, des discours répétés… dans l’espérance qui nous anime, de renaître. Et voilà que nous faisons ce dont le Seigneur nous a prévenus que ça ne marchait pas : stocker le vin nouveau dans de vieilles outres ! Dimanche, je sentais que nous fêtions vraiment le chemin pascal du Seigneur : mort et résurrection ! C’était incarné ! C’était ici et maintenant.

Il arrive qu’une Église qui peine à parler au nom de tous en prenant le temps d’écouter la diversité de ses membres, qu’une Église qui peine à énoncer ce qu’elle veut dire au monde – et parfois ses craintes, ses réserves – autrement qu’en « surplomb », par le haut, qu’une Église qui a du mal à se défaire de réflexes de pouvoir fasse écran à ce qui naît humblement dans nos communautés. Je pense alors à Bethléem et à Nazareth : c’est-à-dire à ce qui naît et grandit hors du regard de l’Empereur Auguste, de Quirinius Gouverneur de Syrie, d’Hérode régnant sur la Judée… bref, des « Grands » et des inévitables flatteurs et commentateurs qui les accompagnent, grappillant quelques miettes de notoriété !

Quelle joie à Bron de voir l’Église Ecclésiale, celle de la communauté des baptisés, celle qui cherche son chemin de vie en suivant son Seigneur, inventer peu à peu, dans la liberté de l’Esprit, son mode de vie !

J’ai connu le temps où l’engagement de certains se faisait essentiellement en référence au prêtre. On « aidait M. le Curé » parce qu’il ne pouvait pas tout faire, le « pauvre » ! Puis l’engagement s’est fait au nom même de sa foi, de son baptême, de la conscience de vivre dans une communauté animée par les dons de l’Esprit. Quel bonheur de se découvrir, prêtres et laïcs, tous frères et sœurs dans le baptême ! Je n’ai jamais trouvé que la place du pasteur en soit amoindrie, bien au contraire !

Nous avons vécu cet engagement des baptisés, durant des dizaines d’années, presque exclusivement dans le bénévolat. Disons-le, la société était différente : travail des femmes, âge de la retraite, occupation du temps libre, etc… Si le bénévolat demeure aujourd’hui le fondement de la vie communautaire ecclésiale, il évolue. Le nombre de prêtres et de consacré(e)s ne cessant de diminuer, on est aussi parvenu aux limites de ce bénévolat pour certaines activités. Coordonner la vie d’une paroisse, animer le catéchisme (équipe pédagogique, lien avec les parents, accueil des enfants, suivi des formations, coordination avec les propositions diocésaines…), l’animation de pans entiers de la pastorale comme celle des jeunes : de l’aumônerie jusqu’aux jeunes professionnels, tout cela s’avérait prendre des mi-temps, voire des plein-temps. Comment le concevoir sans une rémunération, même modeste, au regard des salaires réels ? Il me semble donc intéressant, dès à présent et dans les mois qui viennent, de préciser la mission de certains acteurs pastoraux, salariés ou bénévoles, pour mieux se rendre compte de la diversité et de la richesse de l’engagement des uns et des autres à notre vie communautaire si diverse. Dès aujourd’hui Vincent et Élodie nous disent leur mission au Foyer des Étudiants à la maison des Essarts. D’autres témoignages suivront.

 

Je sais ce que représente la coordination d’une telle célébration, de notre journée de dimanche. Un très, très grand merci à toutes celles et ceux qui s’y sont investis, parfois sans compter leurs heures ! Merci !