>> Téléchargez le Kaléidoscope n°93 de janvier 2018

par Franck GACOGNE

Quelques cartes poétiques et bien épaisses posées sur ma table, ou innombrables cartes virtuelles et animées à choisir sur mon écran ; messages lentement calligraphiés ou SMS furtifs… Chaque année à la même période, nous nous trouvons à nouveau heureux (ou contraints c’est selon) de souhaiter une « bonne année » à des proches, des amis, des connaissances. Quand nous sommes inspirés (ou que nous avons un peu de temps), nous essayons de développer ces vœux que nous voulons leur adresser.

Mais au fond, qu’est-ce qu’une « bonne année » ? Au nom de quoi suis-je capable d’affirmer à l’autre ce qui serait bon pour lui ? Nous avons bien conscience de cette difficulté, alors pour éviter de nous tromper nous préférons souvent rester vagues, englobants, évasifs. Avec le recul, dirais-je que l’année qui vient de s’écouler a été « bonne » pour moi ? Ceux qui me l’avaient souhaitée telle diraient-ils aujourd’hui qu’elle l’a été ? Comment évaluer ainsi une portion de vie et la classer aussi brièvement qu’instantanément ? Une année est faite de tant d’instants uniques, inqualifiables et in-quantifiables : enchevêtrement de relations, de sentiments, d’événements passagers ou persistants qui, pour une personne, vont la marquer durablement, et pour une autre, être insignifiants et vite oubliés.

Dans le doute, faudrait-il alors s’abstenir d’écrire, d’appeler à l’occasion de la nouvelle année ? Non, car c’est par ces liens indispensables, même maladroitement exprimés, que s’entretient la relation avec le proche qui, parfois, n’est plus si proche…

Je vous invite à méditer cet extrait du livre des Nombres (Nb 6, 24-26) que nous propose la liturgie chaque 1er janvier :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde !

Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,

Qu’il te prenne en grâce !

Que le Seigneur tourne vers toi son visage,

Qu’il t’apporte la paix ! »

 

Hébraïsme dont le sens pourrait être traduit ainsi :

 

« Que le Seigneur te bénisse et garde ta vie !

Que le Seigneur te montre un visage souriant

Et t’accorde sa grâce.

Que le Seigneur te regarde avec bienveillance,

Qu’il mette pour toi la paix ! »

 

C’est une formule de « bénédiction » (du latin bene dicere : « dire du bien »). Tiens ! « Dire du bien », en souhaitant une « bonne année », c’est précisément ce que nous essayons de faire. Dans une bénédiction, c’est Dieu que nous sollicitons pour qu’il apporte « son bien » à un proche, car en fin de compte, lui seul sait de quoi nous avons besoin (Mt 6, 8) et lui seul peut nous combler de l’unique nécessaire (Ste Thérèse de Lisieux).

Et si nous envoyions ces vœux cette année ! Sûrement, nous prendrions le risque de dévoiler une facette de nous-mêmes peut-être jusqu’alors inconnue de notre correspondant, mais je crois que nous ne nous tromperions pas : à coup sûr, ces vœux sortent des généralités, à coup sûr, ils souhaitent et espèrent « du bon » à quiconque les reçoit.

Alors, ce sont ces mots que j’adresse bien sincèrement à chacun d’entre vous qui lisez ces lignes.