>> Téléchargez le Kaléidoscope n°91 de novembre 2017

par Jean-Claude SERVANTON

Cet édito raconte mon expérience, c’est un témoignage…

L’expérience de la maladie est une école qui vous approche de l’essentiel de la vie humaine. On ne connaît bien que ce que l’on expérimente. Autrement dit « il faut y passer pour comprendre… » Un chemin de vie est ouvert sur lequel tous peuvent s’avancer.

A la suite de l’opération de l’intestin, je ne contrôle plus le transit intestinal. Je me salis. Je saisis la sonnette, j’appuie sur le point rouge. L’infirmier de nuit arrive. Patiemment, délicatement, il change draps et vêtements. Je m’excuse et il me répond en disant « Monsieur… ». Sa parole respectueuse et mes excuses font de ce moment pénible et humiliant un moment de grande humanité. Nous ne sommes, peut-être, pas grand-chose mais ce corps qui n’obéit plus est le mien. Je pense au Christ au cours de sa passion.

Je n’ai pas assez de force pour me mettre au lit. Un soignant me soulève les jambes. Un autre m’aide pour la toilette. Tous ces gestes sont accomplis au cours d’une relation amicale pleine d’attention… Nous dépendons les uns des autres. Il n’y a pas de vie humaine en solitaire. Le Christ est entré dans cette dépendance. Il a eu soif sur la croix, il a demandé à boire.

Au long des jours, malgré tout, la vie est toujours là. Elle m’habite. Je suis invité à me lever, à m’asseoir sur le fauteuil, à marcher dans le couloir. J’ai de la peine à me considérer comme malade. Les médecins me traitent comme un patient. Ce terme me convient mieux que celui de malade… Peut-être parce que je considère la maladie comme un état. Le patient est celui que l’on soigne pour le relever. Nous avons reçu la vie comme un cadeau. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » nous dit Jésus.

Aux médecins, aux infirmiers et infirmières, aux aides-soignants, je dis merci. Chacun s’est présenté en donnant son prénom. Nous entrons en relation. Le chirurgien auquel j’adresse mes remerciements me répond « Ne me remerciez pas, je fais un métier qui me plaît… » Mais alors que puis-je lui offrir d’autre que ma reconnaissance ? Dire « merci » est plus qu’une civilité, une politesse. Nous sommes quelqu’un pour l’autre. Cet acte de charité est dicté par la confiance, ainsi en est-il chaque fois que nous disons merci à Dieu.

Grâce à la fraternelle insistance de Franck, j’ai enfin un téléphone portable. Il m’est bien utile. Un soignant remarque la longue liste des noms que j’ai enregistrés « Vous avez de nombreux amis… » me dit-il. C’est vrai, je suis entouré par de nombreux amis qui appellent ou envoient des SMS pour avoir des nouvelles. Au cours de cette année, mes relations familiales, amicales se sont resserrées. Demander des nouvelles, en donner est une marque d’attention. « Bonjour, comment ça va ? » c’est commencer, actualiser une relation amicale, fraternelle qui ne va pas sans écoute. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix… » c’est le message que nous laisse Jésus.

Au cours de cette année, je n’ai pas trouvé le temps long. Bien des jours ont été des dates de traitements, de consultations… « A chaque jour suffit sa peine… » Chaque jour est un don.