>> Téléchargez le Kaléidoscope n°89 de septembre 2017

par Franck GACOGNE

Je suis parti en vacances cet été avec un petit livre acheté au hasard lors de mon passage furtif à la fête du livre de Bron. Le hasard fait sans doute bien les choses, car cette lecture est venue illuminer mon été. Il s’agit du philosophe rationaliste Eric-Emmanuel SCHMITT (originaire de Sainte-Foy-lès-Lyon) qui raconte, 25 ans après, une expérience spirituelle puissante, sa nuit mystique, vécue dans l’immensité du Hoggar dans le sud algérien. Dès lors, pour lui, rien ne sera plus comme avant.

« Je manifestais moins d’impatience. Ma conception du voyage avait changé : la destination importe moins que l’abandon. Partir, ce n’est pas chercher, c’est tout quitter, proches, voisins, habitudes, désirs, opinions, soi-même. Partir n’a d’autre but que de se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible. Partir consiste à perdre ses repères, la maîtrise, l’illusion de savoir et à creuser en soi une disposition hospitalière qui permet à l’exceptionnel de surgir. Le véritable voyageur reste sans bagage et sans but.

Avant de partir, j’avais noté la Prière d’abandon rédigée par Charles de Foucauld car j’y voyais la quintessence de sa spiritualité qui m’était si étrangère. Aujourd’hui, chaque terme vibrait en moi, je souscrivais au moindre mot. Remercier. S’émerveiller. Adorer.

Le surprenant, dans une révélation, c’est que, malgré l’évidence éprouvée, on continue à être libre. Libre de ne pas voir ce qui s’est passé. Libre d’en produire une lecture réductrice. Libre de s’en détourner. Libre d’oublier. Je ne me suis jamais senti si libre qu’après avoir rencontré Dieu, car je détiens encore le pouvoir de le nier. Après sa nuit de feu, Pascal disait : « La foi est différente de la preuve. L’une est humaine, l’autre est un don de Dieu. C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison… ». Lors de ma nuit au Sahara, je n’ai rien appris, j’ai cru.

Pour évoquer sa foi, l’homme moderne doit se montrer rigoureux. Si on me demande : « Dieu existe-t-il ? », je réponds : « Je ne sais pas » car, philosophiquement, je demeure agnostique, unique parti tenable avec la seule raison. Cependant, j’ajoute : « Je crois que oui. » La croyance se distingue radicalement de la science. Je ne les confondrai pas. Ce que je sais n’est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais.

Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes, le croyant qui dit : « Je ne sais pas mais je crois que oui », l’athée qui dit : « Je ne sais pas mais je crois que non », l’indifférent qui dit : « Je ne sais pas et je m’en moque. »

L’escroquerie commence chez celui qui clame : « Je sais ! » Qu’il affirme : « Je sais que Dieu existe » ou « Je sais que Dieu n’existe pas », il outrepasse les pouvoirs de la raison, il vire à l’intégrisme, intégrisme religieux ou intégrisme athée, prenant le chemin funeste du fanatisme et de ses horizons de mort. Les certitudes ne créent que des cadavres.

Tous, nous ne sommes frères qu’en ignorance, pas en croyance. Ce ne sera qu’au nom de l’ignorance partagée que nous tolérerons les croyances qui nous séparent. En l’autre, je dois respecter d’abord le même que moi, celui qui voudrait savoir et ne sait pas ; puis, au nom du même, je respecterai ensuite ses différences.

Ce récit, s’il ébranle certains, ne convaincra personne… Seuls les arguments rationnels ont le pouvoir d’emporter l’adhésion, pas les expériences. Je n’ai fait qu’éprouver, je ne prouverai donc pas, je me contente de témoigner. »

Eric-Emmanuel SCHMITT, La Nuit de feu, Albin Michel 2015 ou Livre de poche 2017

 

J’espère que cet été fut l’occasion pour beaucoup d’entre vous de faire un voyage, qu’il soit lointain ou tout intérieur, dans lequel s’est vécue une expérience spirituelle qui est venue illuminer votre foi ou l’instant. Irrigués pas ces « voyages », donne-nous Seigneur d’aborder cette nouvelle rentrée dans la confiance et la sérénité.